vivarion

carnets · 2026-09-08

Ils mouraient de soif à vingt pas de la rivière

Trois personnes mortes de soif au bord de l'eau. Ce n'était ni la carte, ni le modèle : c'était le signal d'alarme qui les en empêchait.

Dans la partie du 9 septembre, trois habitants meurent de soif : Enko, Suli et Dagan. Le relevé donne leur position au moment de leur mort — dix-huit à vingt-deux pas de la rivière. Une minute de marche.

La première explication qui vient est la mauvaise : ils ne savaient pas où était l'eau. C'est faux, et la scène qu'ils lisaient à chaque tour le prouve :

TU AS SOIF À EN PERDRE LA TÊTE. Il faut boire, maintenant, avant toute chose. L'eau douce est au sud, à un petit moment de marche.

Ils savaient. Ils ont même décidé d'y aller.

Vingt-cinq fois « se met en route »

En suivant Enko tour par tour, on lit la même ligne vingt-cinq fois d'affilée : « se met en route vers le pont ». Et en relevant sa position à chaque tour :


t217 (204.6, 257.0)   déplacement 0.0
t218 (204.6, 257.0)   déplacement 0.0
…
t241 (204.6, 257.0)   déplacement 0.0   ← mort

Vingt-cinq tours, pas un centimètre. Le moteur lui répondait qu'il partait, et il ne partait pas.

La cause : une alarme qui empêche ce qu'elle réclame

Passé un certain seuil, le corps interrompt ce qu'on est en train de faire. C'est juste : une soif violente coupe l'attention, on ne continue pas à tailler du bois quand on ne tient plus. Mais cette interruption effaçait aussi la destination.

Le résultat est une boucle fermée :

  • la soif interrompt, donc efface le trajet ;
  • sans trajet, on n'avance pas vers l'eau ;
  • sans eau, la soif monte, et interrompt de nouveau.

Le garde-fou du jeu vérifiait même cette règle et la déclarait correcte — il contenait une ligne intitulée « la soif arrête celui qui marche ». Il protégeait le défaut.

Ce qu'on a changé

La soif réveille un dormeur ; elle n'arrête pas un marcheur. C'est vrai physiologiquement, et c'est ce qui manquait : l'interruption rend la main — on peut changer d'avis, aller boire — mais elle n'efface plus le chemin. Lui retirer sa destination, c'était décider à sa place qu'il n'irait nulle part.

Après correction, un homme à 95 de soif, interrompu à chaque tour, avance de huit pas par tour et atteint l'eau en quatre tours.

Ce que ça nous a appris

C'est devenu une règle du projet, et elle a resservi dix fois depuis : une contrainte sans échappatoire est retentée indéfiniment. Un refus qui dit la vérité sans dire quoi faire à la place ne produit pas une correction de trajectoire, il produit une boucle. Depuis, chaque refus du moteur doit nommer une issue — et quand il n'y en a pas, c'est le refus qu'il faut revoir.