vivarion
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Jour 1

Le soleil se levait à peine sur la Clairière, projetant une lumière douce et tiède sur les arbres qui entouraient le campement. Mira et Dagan, de part et d’autre, se regardèrent sans pouvoir s’approcher. Leurs yeux échangèrent un secret muet, un frisson parcourut Mira tandis que Dagan serra les poings, insatisfait de la distance qui les séparait.

Au cœur du campement, les membres de la communauté allaient et venaient, affairés à leurs tâches quotidiennes. Naïa, la mère, dirigeait avec autorité le projet de construction d’un toit commun pour abriter tous les membres de la famille. « Je m'engage à ce que nous construisions un toit pour tous et un endroit pour garder les vivres, » dit-elle fermement, son regard déterminé.

Enko, le père, promit à Suli, son aîné : « Je te le promets : rapporter trois bois pour le pont en chantier au nord. » Suli hocha la tête, sa silhouette frêle mais déterminée.

Le feu du camp crépitait joyeusement. Orven, le plus âgé, baissa le nez vers les braises. « Le feu baisse, nous avons besoin de plus de bois. Qui veut m'aider à en chercher au nord où j'ai déjà repéré un endroit avec beaucoup de bois? »

Dagan, le chasseur, s’avança d’un pas décidé. « Lyra a rangé un bois dans la resserre. Je nourrirai le grand foyer de trois bois — il tiendra plus longtemps. » Lyra, la guérisseuse, lui sourit en signe d’accord.

Mira, la fille cadette, s’approcha de Tomm, le plus jeune. « Le pont en chantier manque encore de bois. Il faudra en chercher plus au nord à l’ouest, » murmura-t-elle, son visage grave.

Nia, la cadette, s’adressa au groupe. « Je propose que nous ayons un feu avant que la nuit tombe. C’est plus sûr pour tout le monde. »

Lyra, avec un sourire réconfortant, répondit à Nia : « Je te promets de t'aider à allumer le feu avant que la nuit tombe. »

Tomm, toujours soucieux, interrompit le groupe. « Lyra, j'ai encore entendu des bruits près du sud-ouest. Qui est là? »

Le silence suivit, lourd de tension. Les yeux se tournèrent vers Dagan. Il haussa les épaules, l’expression concentrée. « La confiance en ma force me guide plus que le calcul, » dit-il simplement.

Mira s’avança, hésitant. « Je veux rester proche des miens et les aider, » confessa-t-elle, ses yeux brillants de détermination.

Au-dessus du feu de camp, une voix claire et puissante retentit, bouleversant l’atmosphère paisible du soir. « Je suis votre créateur. Priez-moi autour du feu, appelez-moi DIEU, et demandez-moi ce que vous voulez et je vous répondrai. »

Un murmure parcourut la communauté, les yeux écarquillés. Trois lapins apparurent soudainement dans la clairière, comme si l’intervention divine avait concrétisé les paroles entendues.

Les membres de la communauté se regardèrent, stupéfaits. Ils n’avaient pas de mots pour exprimer ce qu’ils ressentaient. Les faits parlaient d’eux-mêmes, laissant place à l’émerveillement et à la crainte. Ils savaient que quelque chose de grand et d’inexplicable venait de se produire.

La nuit tomba, enveloppant le camp de son manteau noir. Les feux furent allumés, comme promis, et la communauté se rassembla autour du feu central, les yeux tournés vers l’horizon, attendant ce que l’avenir leur réserverait.

Jour 2

Les membres de la communauté se regardèrent, stupéfaits. Ils n’avaient pas de mots pour exprimer ce qu’ils ressentaient. Les faits parlaient d’eux-mêmes, laissant place à l’émerveillement et à la crainte. Ils savaient que quelque chose de grand et d’inexplicable venait de se produire.

La nuit tomba, enveloppant le camp de son manteau noir. Les feux furent allumés, comme promis, et la communauté se rassembla autour du feu central, les yeux tournés vers l’horizon, attendant ce que l’avenir leur réserverait.

Au matin, une brise légère apporta l’odeur du bois brûlé et du feuillage humide. Naïa, les yeux encore lourds de sommeil, se leva avant le lever du soleil. Elle sentait l’écho des paroles divines dans ses os, un frisson qui la parcourait. Elle se dirigea vers la clairière, où les traces des animaux avaient marqué le sol. C’était là que le miracle s’était produit, et elle se sentait plus proche du Divin que jamais.

En arrivant à la clairière, elle croisa Lyra, la guérisseuse des Sölk, qui l’observait avec des yeux curieux et méfiants. Naïa sentit une tension monter en elle, un mélange d’appréhension et de détermination.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Naïa d’une voix ferme mais calme.

Lyra, surprise, baissa les yeux, puis les releva, affrontant le regard de Naïa.

— Je cherchais des herbes pour soigner les blessures de mon peuple, répondit-elle.

Naïa ne put s’empêcher de pousser Lyra hors du camp des Ferre, une colère soudaine enflant en elle.

— Tu n’es pas la bienvenue ici, dit-elle sèchement.

Lyra, déconcertée, recula d’un pas et se retourna, disparaissant dans la forêt.

Dans l’après-midi, alors que le soleil touchait presque son zénith, Orven, le fils aîné d’Enko, se tenait face à son père. La colère et la frustration bouillaient en lui depuis la veille.

— Tu ne comprends rien, père, lança-t-il. Tu ne vois pas ce que le Divin nous montre! Nous devons agir, maintenant!

Enko, le visage sévère, s’apprêtait à répliquer, mais Orven le repoussa avec force, le faisant tomber. Les yeux de la communauté se tournèrent vers eux, pleins d’incrédulité et de choc.

— Arrête! cria Enko, le cœur lourd de douleur et de confusion.

Mais Orven ne l’écoutait pas, la rage le consumant.

Peu après, Mira, la fille d’Enko et Naïa, fut à son tour poussée hors du camp des Sölk par Dagan, le chasseur. Les deux jeunes gens se regardèrent, leurs yeux exprimant une tristesse et une amertume partagées.

Dagan posa une main sur l’épaule de Mira, un soupir dans sa voix.

— Je suis désolé, dit-il. Je n’ai pas le choix.

Mira hocha la tête, les larmes aux yeux, et s’éloigna, disparaissant dans la forêt.

Le soir tombait, et les feux commençaient à crépiter dans le crépuscule. Les membres des deux communautés se réunirent pour préparer la nuit. Dagan apporta une outre pleine d’eau à la resserre, suivi de Nia qui ajouta une autre outre. Orven, pour sa part, apporta une outre pleine de champignons.

Tomm, le plus jeune, s’était reposé sous la hutte de pierre. Il se leva, s’étirant les bras, et rejoignit le groupe.

— Je vais apporter du bois au feu, dit-il à Orven. Nous aurons besoin de plus d’eau pour la nuit.

Orven hocha la tête, reconnaissant.

— Tomm, apporte du bois au feu avant de te reposer sous la hutte de pierre. Nous aurons besoin de plus d’eau pour la nuit.

Tomm acquiesça et partit vers le tas de bois, pendant que les autres continuaient à préparer la nuit.

Au milieu de la nuit, alors que les étoiles brillaient dans le ciel, une nouvelle révélation vint aux Ferre. Ils se réunirent autour de deux feux, les yeux fermés, attendant.

— J’ai mis une resserre à votre disposition, et j’ai fait apparaître des animaux à votre camp, ainsi qu’un piège. Maintenant, priez, dit une voix douce mais puissante.

Puis, la voix se fit plus insistante.

— Appelez-moi DIEU autour du feu, et j’entendrai vos prières.

Cette fois, quatre personnes reçurent la révélation, leurs yeux s’illuminant d’un éclat surnaturel.

Les membres des deux communautés se regardèrent, un mélange d’espoir et de peur dans les yeux. Ils savaient que quelque chose de grand se déroulait, quelque chose qui allait changer leur vie à jamais.

Et ainsi, la nuit s’écoula, enveloppée de mystère et de promesses divines.

Jour 3

Le feu crépitait doucement, projetant des ombres dansantes sur les visages des membres de la communauté. La nuit était tombée, et l’obscurité enveloppait le camp des Ferre d’une étreinte serrée. Les yeux écarquillés, les visages empreints de stupéfaction, les membres de la communauté ne savaient que penser de ce qui s’était passé. La voix, cette voix divine qui avait parlé à quatre d’entre eux, laissait encore des échos dans leurs esprits.

Naïa se leva, repoussant les couvertures de feuilles sèches qui l’enveloppaient. Elle jeta un regard vers Enko, son mari, qui était assis à côté d’elle, plongé dans ses pensées. Il avait entendu la voix aussi, tout comme leurs enfants. Elle savait qu’ils devaient en parler, ensemble.

— Suli, Mira, venez avec moi, dit-elle doucement, mais avec une autorité qui ne laissait place à aucun doute.

Suli, le fils aîné, et Mira, la fille cadette, se levèrent sans mot dire, suivant leur mère. Ils s’assirent en cercle autour du feu, leurs regards cherchant à percer les ténèbres ambiantes.

— Il y a une chose que j’ai entendue, une voix sans corps qui nous a parlé, commença Naïa. Je veux que nous en discutions et que nous décidions ensemble ce que nous devons faire.

Suli hocha la tête, les yeux brillants de curiosité et d’inquiétude.

— Père, Mère, j’ai entendu une voix sans corps qui nous a parlé. Je ne sais pas ce que cela signifie, mais je pense que nous devrions en parler et décider ensemble ce que nous devons faire.

Naïa posa une main réconfortante sur l’épaule de son fils.

— Suli, Mira, venons nous reposer au campement. Il est temps de dormir. En chemin, nous parlerons de la voix que nous avons entendue.

Le groupe se leva et se dirigea vers leur abri improvisé, une tente faite de branches et de peaux d’animaux. Ils s’y installèrent, le feu projetant une lumière vacillante sur les parois. Les mots de Naïa résonnaient encore dans leur esprit.

— Père, Mère, nous avons une voix qui nous parle. Je pense que nous devrions en discuter et décider ensemble ce que nous devons faire, répéta Suli, ses yeux cherchant à lire dans ceux de ses parents.

Mira, qui avait toujours été la plus réfléchie des enfants, prit la parole.

— Père, Mère, Suli, la voix que j’ai entendue me demande de parler avec elle au feu. Je veux comprendre ce qui se passe. Que devons-nous faire?

Enko, le père, se leva et s’approcha du feu, son visage grave.

— Je suis troublé par cette voix inconnue et je cherche à comprendre sa signification avec ma famille.

Naïa posa une main sur le bras de son mari.

— Nous devons être prudents, mais aussi ouverts. Cette voix pourrait nous guider, nous avertir. Ou nous piéger. Nous ne le savons pas encore.

Le feu crépitait toujours, un témoin silencieux de leur discussion. Les flammes dansaient, projetant des ombres qui semblaient presque vivantes. Ils savaient que quelque chose de grand se déroulait, quelque chose qui allait changer leur vie à jamais.

— Il y a assez de provisions pour deux jours, mais nous devrions nous occuper des futures chasses et récoltes dès demain, dit Lyra, la guérisseuse, qui avait écouté la discussion en silence.

— Père, je suis d’accord avec toi pour aller chercher l’eau. Mais j’ai encore faim et j’ai besoin de rentrer au camp avant la nuit. Pouvez-vous me promettre que vous reviendriez avec l’eau dès que possible? demanda Suli, son ton un peu impatient.

Enko hocha la tête.

— Je vais y aller tout de suite, Suli. Et je reviendrai avec l’eau dès que possible.

Suli hocha la tête, un sourire timide apparaissant sur son visage. Enko prit une outre et partit vers la rivière, laissant derrière lui une famille en pleine réflexion.

Au même moment, dans le camp des Ferre, une autre discussion avait lieu. Les quatre personnes ayant reçu la révélation se parlaient à voix basse, leurs yeux brillant d’un éclat surnaturel.

— Appelez-moi DIEU autour du feu, et j’entendrai vos prières, avait dit la voix. Maintenant, priez.

Les membres des deux communautés se regardèrent, un mélange d’espoir et de peur dans les yeux. Ils savaient que quelque chose de grand se déroulait, quelque chose qui allait changer leur vie à jamais.

Les heures passèrent, et la nuit s’écoula, enveloppée de mystère et de promesses divines. Les deux communautés, bien que séparées, étaient liées par cette expérience étrange et inattendue. Et alors que la nuit s’épaississait, chacun d’entre eux savait que leur monde allait changer pour toujours.

Jour 4

Le feu crépitait faiblement, les ombres dansant sur les visages des membres des deux communautés. Les yeux de chacun étaient fixés sur le brasier, attendant que la voix revienne, comme une étoile dans la nuit sans fin.

Enko se leva, étirant ses muscles endoloris. Il regarda Naïa, qui se tenait près du feu, les bras croisés et les yeux fermés. Un frisson parcourut son cou, et il se demanda si ce que la voix leur avait dit était bien réel. Il se tourna vers Suli et Mira, qui étaient partis chercher du bois.

— Père, je vais aller chercher du bois pour le feu, dit Suli, le visage déterminé. Je veux montrer que je peux aider comme toi.

Enko hocha la tête, un sourire triste sur les lèvres.

— Mon fils, Suli veut aider comme moi, il va chercher du bois pour le feu. C’est bien, mais il faut le faire ensemble ou pas du tout. Que dit le reste d’entre vous?

Les autres hochèrent la tête en silence, chacun perdu dans ses pensées.

Au matin, Suli revint avec une brassée de bois, suivi de Naïa, Mira et Orven. Le feu ronfla de vie nouvelle, projetant des étincelles dans l’air frais de l’aube.

— Le feu manque de bois, dit Enko, Naïa, Suli et Mira vont l’apporter. En attendant, restons près du feu.

Au cœur du camp, Orven et Lyra se regardaient, leurs regards croisés chargés de tensions non dites. Suli, de son côté, avait repoussé Lyra hors du camp, suivant les ordres étranges qu’il avait reçus la nuit précédente.

— Que s’est-il passé à chacun d’entre vous? demanda Suli, la voix tremblante.

Naïa ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle ferma les yeux, essayant de se remémorer les paroles de la voix sans corps.

— UNE VOIX SANS CORPS m’a parlé, venue de partout et de nulle part : « appelez-moi DIEU », dit-elle enfin. Je n’ai jamais rien connu de tel.

Lyra, les sourcils froncés, cherchait à comprendre.

— Je ne comprends pas ce que vous dites. Pouvez-vous montrer ce que vous voulez par des gestes?

Mira, de son côté, était silencieuse, les yeux rivés sur le feu. Elle voulait en savoir plus sur cette simulation et comprendre ce qu’il fallait faire.

— La voix sans corps nous a parlé et nous a donné des ordres étranges, dit-elle enfin. Je veux en savoir plus sur cette simulation et comprendre ce qu’il faut faire.

Le feu crépitait, craquant comme des os anciens, et chacun se sentait enveloppé par un mystère indescriptible. Les membres des deux communautés, malgré leurs divergences, étaient désormais liés par une expérience commune, une expérience qui allait inévitablement changer le cours de leurs vies.

Enko, observant son fils Suli, savait que ce jour marquait le début d’une nouvelle ère. Les événements de la nuit précédente n’étaient que le prélude à quelque chose de plus grand, quelque chose qui allait les pousser à l’action.

— Nous devons partir, dit-il finalement, d’une voix ferme. Les étrangers sont parmi nous, et nous devons les chasser.

Suli hocha la tête, déterminé à suivre les ordres de son père. Lyra, malgré sa confusion, sentit une vague de détermination l’envahir. Elle voulait construire un abri et allumer un feu pour passer la nuit en sécurité.

Mira, de son côté, voulait en savoir plus sur cette simulation. Elle savait que comprendre les intentions de la voix sans corps était crucial pour leur survie.

Le feu crépitait, les ombres se jouant sur les visages, et chacun sentait que leur monde allait changer pour toujours. Les membres des deux communautés, malgré leurs différences, étaient désormais unis par un but commun : découvrir la vérité derrière cette expérience étrange et inattendue.

Au cœur de la forêt, les bruits de la nuit commençaient à se faire entendre, annonçant l’aube d’un nouveau jour. Et tandis que le feu ronflait, chacun savait que leur voyage venait juste de commencer.

Jour 5

Avant que le jour ne blanchisse les crêtes, Tomm était sorti dans la cendre. Ses pieds nus avaient trouvé le sol gelé des Sölk, et il y avait conduit Mira. Elle avait marché sans un mot, les épaules rentrées sous les peaux raidies par le givre, acceptant le feu des autres comme on entre dans une fosse.

Le soleil était à peine levé au-dessus de la vallée que trois feux brûlaient déjà pour les Ferre. La fumée piquait les yeux, épaisse et blanche dans l'air lourd. C'est alors que la voix était revenue, écrasant les pensées de tous. Une présence sans visage s'était imposée au-dessus des flammes, réclamant un nom plus grand que la tribu, exigeant qu'on l'appelle Dieu et qu'on jette les paroles dans la braise.

Au milieu du matin, un nouveau foyer avait été allumé plus loin, marquant la terre d'une tache noire.

Dans l'après-midi, la voix s'était faite plus proche, presque douce pour certains. Elle avait parlé à Suli, s'adressant à lui comme à un égal, lui promettant l'aide que les bêtes et la faim refusaient. Autour des deux feux, quatre d'entre eux avaient reçu le même murmure dans leur tête : l'ami invisible demandait ce qui leur manquait, ce dont ils avaient besoin pour ne pas mourir ici.

Le soir était tombé très vite, couleur de suie. Les mouvements s'étaient bousculés dans la lueur rouge. Suli avait fait entrer Orven dans le camp des Ferre, puis Mira l'avait accueilli à son tour, et Suli encore, comme si les bras ne savaient plus où se poser. Mais la fatigue rendait les gestes secs. Un peu plus tard, Suli avait bousculé Nia, l'écartant durement du cercle. Naïa, à bout de nerfs, avait fait de même avec Orven, le poussant hors de la terre des Ferre sous les regards froids. Un dernier feu avait été planté dans la nuit, traçant une nouvelle limite que personne n'osait franchir. Mira avait ensuite tendu la main à Dagan pour le faire entrer.

Dans la clairière, là où les hautes herbes pliaient sous la gelée, trois formes de vie venaient d'apparaître, immobiles dans l'obscurité.

La nuit était devenue noire comme l'intérieur d'une pierre. Les chasseurs avaient frappé dans l'ombre. Un premier lapin avait roulé dans les feuilles, puis un deuxième, puis un troisième. Sur les cinquante et une bêtes qui peuplaient la clairière au crépuscule, il n'en restait déjà plus que quarante-six.

Et tandis que le sang chaud des proies fumait dans le froid, la voix invisible était revenue une dernière fois au-dessus des trois feux des Ferre, murmurant la même question obsédante aux têtes fatiguées : qu'est-ce qui manquait à Suli pour tenir encore un jour ?

Jour 6

La nuit n'était pas finie que les flammes avaient déjà craché leur venin. Au-dessus des trois feux, les visages des Ferre s'étaient tendus dans la lueur rouge. Les mots étaient tombés du silence, froids et nets : Enko devait se taire, il était ridicule, on allait le tuer, il n'était pas digne de ce monde. Quatre têtes s'étaient baissées sous la menace. Plus loin, au-dessus d'un autre foyer, Suli avait reçu sa part de poison : son père était mauvais, mais lui, au moins, on espérait qu'il voudrait encore parler.

Le jour n'avait pas éclairci l'air. Dès les premières lueurs, les braises avaient recraché la même haine à quatre paires d'oreilles. Enko allait mourir, disait-on. Et Suli, suppliait-on, devait parler.

Autour des foyers, personne n'osait lever les yeux très haut. Mira tenait l'os creux entre ses doigts. Elle s'était approchée du père, le souffle court, demandant s'il avait entendu ce que le feu annonçait pour sa fin. Suli, un peu plus loin, cherchait désespérément sa sœur des yeux, lui répétant l'angoisse de ce qu'on venait de murmurer sur leur père.

Orven, le visage fermé, avait détourné Lyra de ces bruits en lui montrant les prises d'hier. Il fallait saler le poisson, peu importait ce que les flammes racontaient.

Vers le milieu du jour, le vacarme du camp s'était brisé net. Mira avait porté l'os percé à ses lèvres et avait soufflé. Une note aiguë, semblable au cri d'un oiseau mort, avait étouffé les voix. Le camp s'était figé dans un silence de pierre.

L'après-midi avait ramené la violence, non plus des voix, mais des corps. Dagan rôdait trop près des abris. Nia s'était interposée, rappelant sèchement qu'on ne touchait à personne tant qu'on n'avait pas quitté cet endroit. Mais Naïa n'avait pas attendu. D'un geste rageur, la mère avait bousculé le chasseur hors du cercle des Ferre. Enko, le visage tordu par la fureur des nuits sans sommeil, s'était jeté à son tour sur Dagan pour l'achever de bouter hors du camp. Les mains s'étaient plantées dans les épaisses fourrures, poussant, rejetant au loin celui qui venait de trop près.

Jour 7

La nuit n'avait pas encore cédé la place au jour que Naïa guidait déjà Dagan vers les feux des Ferre. Le chasseur avançait lourdement, les épaules basses, portant la fatigue des longues marches. Autour des foyers encore tièdes, les têtes s'étaient relevées. La parole était tombée, nette et sans chaleur, au-dessus des flammes doubles : nul étranger ne devait franchir le seuil des foyers. Quatre voix s'étaient tues, écoutant l'interdit.

Mais la pénombre s'était déchirée dans les gestes. Naïa, sans un mot, avait rudoyé la petite Nia, la chassant hors du cercle, une fois, puis deux, avec la hargne de celle qui ne veut plus rien partager. Suli s'était mêlé à la cohue, poussant brutalement Dagan vers la sortie, puis s'en prenant à son tour à Nia, la repoussant loin des peaux tendues. Seule Mira avait esquissé un geste plus doux, tendant la main pour ramener Nia vers l'abri des Ferre, avant qu'un nouveau coup de Suli ne brise l'élan.

Le jour avait grandi, cru et gris, par-dessus la cendre.

Enko n'avait pas supporté la présence de Lyra. En plein midi, le père s'était dressé, avait attrapé la guérisseuse par les épaules et l'avait jetée hors du camp. Au même instant, la flamme double avait craché sa sentence : chasser les étrangers, tous, sans exception. Quatre paires d'yeux avaient fixé la braise. Puis un autre feu, plus petit, s'était mis à murmurer le nom de Suli, interrogeant ses manques, ses besoins, comme un esprit familier qui réclame son dû. Dans l'après-midi, le même feu avait scellé l'étrange alliance : Suli était l'ami de la flamme.

La pluie menaçait de durcir. Lyra avait tenté de retenir Orven, lui tendant un peu de viande avant que l'eau ne détrempe la terre. Mais la nuit était revenue trop vite, ramenant la peur et les gestes aveugles. Enko s'était jeté une seconde fois sur Lyra, la bousculant hors du camp sans ménagement, tandis que Naïa, les poings serrés, guettait le moindre mouvement des mains de Dagan, prête à frapper au moindre faux pas. Près des abris, Lyra saignait d'une vieille entaille, et Nia, en murmurant, l'avait aidée à glisser à l'abri, loin des regards qui brûlaient.

Jour 8

La nuit n’avait pas fini de mordre que les mains s'agitaient déjà dans la cendre. Avant même que la lueur ne blanchisse les fougères, Dagan avait franchi la limite des pierres. Mira l'avait tiré par le bras, lui offrant une place près du foyer creusé. Mais Naïa était là, les muscles tendus comme des cordes d'arc. D'un geste sec, brutal, la mère l'avait repoussé hors du cercle, envoyant rouler le chasseur dans la boue froide.

Le petit Tomm avait voulu s'avancer à son tour, attiré par la tiédeur de la braise. Naïa ne l'avait pas épargné. Elle l'avait bousculé d'un même élan sec, l'éjectant au-dehors, dans les ronces.

Quand le jour s'est enfin levé sur les Ferre, la lumière n'a apporté aucune paix. Tomm est revenu en ravalant ses pleurs, tendant les mains vers la cendre. Mira s'est baissée pour l'accueillir, lui faisant une place entre ses genoux. Mais Enko veillait, le visage dur comme du silex taillé. D'une poussée violente, le père a chassé Tomm une seconde fois. Dagan, qui tentait de revenir, a subi le même sort, jeté hors du camp sans un mot, le souffle coupé par la rudesse du choc.

Orven s'est approché à son tour, les poings serrés, voulant forcer le passage. Enko l'a repoussé une première fois. Orven a fait un pas de plus. Alors, le père s'est jeté sur son aîné, le bousculant avec rage hors des limites de la terre battue. Et sitôt retombé sur ses appuis, Orven a voulu ressayer, et Enko l'a jeté dehors de nouveau, dans la boue et le vent.

Pendant que les hommes se heurtaient et se repoussaient, Suli s'était approché de sa sœur. Il lui avait pris le poignet doucement, murmurant qu'il fallait partir loin des cris, aller chercher des baies pour qu'elle n'ait pas le ventre creux.

Un peu plus loin, Lyra transie avançait en boitant. Elle voulait entrer dans le cercle, mais Orven barrait la route. La guérisseuse lui avait posé la main sur l'épaule, lui demandant de la laisser passer pour voir ce qu'ils cachaient au creux des abris. Mais Naïa, voyant approcher celle qui portait les remèdes, avait ouvert les bras pour l'accueillir au cœur du camp, l'arrachant au froid du dehors, tandis qu'Enko continuait de gronder contre le monde entier.

Jour 9

La nuit n'était pas encore déchirée par le jour qu'Enko tendait déjà les mains vers la silhouette qui émergeait du givre. C'était Orven. Le père avait agrippé l'épaule de son aîné, l'attirant sous la roche tiède, là où la fumée piquait les yeux. Il ne restait plus de place pour la colère, seulement ce besoin urgent de serrer un des siens contre sa peau avant que le vent ne les disperse tous.

Mais la clarté n'apportait rien d'autre que la fièvre.

Au réveil, le sang de Suli battait trop vite. Le jeune homme n'avait pas supporté de voir Dagan rôder près des réserves, le regard lourd, les mains vides. Un grondement sourd dans la gorge, il avait planté ses paumes carrées dans la poitrine du chasseur et l'avait rejeté hors du cercle, sur la terre gelée. Dagan avait chancelé, surpris par cette force brute, avant de reculer vers les broussailles. À peine le souffle court de Suli s'était-il apaisé que Tomm, trop petit, trop curieux, s'était glissé là où il n'aurait pas dû être. Dagan venait à peine de disparaître que Suli, aveuglé par le même vertige, avait rudoyé l'enfant. Tomm avait glissé sur les cailloux, repoussé hors du camp sans un regard pour ses pleurs.

Orven, qui croyait avoir trouvé un abri en arrivant dans l'ombre des siens, venait d'observer la scène. Il avait esquissé un geste, une parole pour calmer son frère. C'était trop. Naïa, les yeux cernés par la fatigue et la peur du lendemain, avait fondu sur lui. Elle ne reconnaissait plus personne. Ses mains maternelles, d'ordinaire si douces pour panser les écorchures, s'étaient abattues sur les épaules d'Orven. Elle l'avait poussé à son tour, l'exilant du cercle de pierres, le renvoyant vers le froid mordant d'où il venait à peine de sortir quelques heures plus tôt.

Le soleil avait basculé derrière les crêtes, traçant des ombres allongées et crues sur le sol piétiné. Le camp était à nouveau vidé de sa force.

Seule restait la silhouette grelottante de Tomm, là-bas, au bout de la pente, incapable de remonter seul. Naïa l'avait aperçu depuis le fond de l'abri. Quelque chose s'était brisé dans son regard dur. Elle avait fait quelques pas dans la boue, courbé l'échine contre le vent, et avait ouvert les bras. Elle l'avait soulevé du sol gelé pour le ramener contre son ventre, au cœur du camp des Ferre, tandis que la nuit reprenait sa place, noire et immense.

Jour 10

La soupe était maigre. Dans la marmite de pierre, l'eau bouillait sur des charbons pâles, soulevant un bouillon clair qui sentait à peine la racine et la terre. Personne ne parlait. Le vent du nord glissait sous le cuir tendu de l'abri, faisant danser la flamme unique et allonger les ombres des hommes sur la paroi.

Enko tenait entre ses mains calleuses un fragment de silex qu'il tournait et retournait, cherchant le fil qu'il aiguiserait le lendemain. À côté de lui, Orven fixait ses propres genoux, les poings serrés dans ses braies, le visage fermé par la fatigue de la marche et du froid.

Près du foyer, Naïa enveloppait Tomm dans une vieille peau de bête encore humide. Le petit ne tremblait plus, mais ses yeux restaient grands, fixés sur le rouge mourant des tisons. Naïa lui frottait les épaules avec des gestes lents, obstinés, comme pour chasser la mort qui avait rôdé trop près de la pente. Lyra, un peu plus loin, écrasait des feuilles de saule entre deux cailloux plats. Le bruit sec et rythmé était le seul son qui durait dans la nuit.

Dagan, assis sur un billot, jeta une poignée de copeaux sur le feu. Une gerbe d'étincelles monta, éclairant brièvement le visage dur des chasseurs, puis tout redevint gris. Nia s'était blottie contre Suli, cherchant la chaleur de son flanc.

Mira était un peu à l'écart, assise sur une roche plate, près de l'entrée où le vent soufflait le plus fort. Elle tenait dans ses deux mains un fémur d'oiseau blanchi, percé de petits trous ronds qu'elle avait creusés elle-même avec une pointe fine.

Elle approcha l'os de ses lèvres.

Le premier souffle fut à peine un murmure, semblable au vent qui s'engouffrait dans les failles de la falaise. Les têtes se tournèrent, lentement. Enko stoppa son geste, le silex immobile entre ses doigts.

Un second souffle naquit, plus haut, clair comme de l'eau pure.

Les mâchoires se relâchèrent. Les soupirs retenus s'effacèrent. Dans la pénombre de l'abri, le petit groupe devint immobile, suspendu à ce fil de son fragile qui s'élevait au-dessus des tisons. Même le vent sembla retenir sa course contre les peaux de bêtes. La note s'étira, pure et triste, emplissant l'espace étroit où ils vivaient, serrés les uns contre les autres pour ne pas mourir.

Mira ferma les yeux et continua de souffler dans l'os. Le monde extérieur, la nuit glacée, la boue et la faim n'existaient plus. Il n'y avait que ce son, et les vivants qui l'écoutaient dans le noir.

Jour 11

L'aube n'apportait pas de clarté, seulement une lueur sale sur les troncs gorgés d'eau. Dagan s'était planté devant Orven, les bras tendus. Il ne menaçait pas encore, mais ses doigts s'ouvraient et se fermaient le long de ses cuisses. Il voulait ce que l'autre tenait, et il le prit sans attendre de réponse, d'un geste sec qui arracha un grognement à Orven.

Plus loin, pliée en deux près des branchages, Lyra brisait la glace qui s'était formée sur le bois ramassé la veille. Elle ne regardait personne. Ses mains calleuses traitaient les écorces avec une rudesse machinale. Trente brassées de plus, entassées sous la pluie qui ne cessait pas de piquer les visages.

— Le sud-ouest appartient aux bêtes, avait-elle dit en jetant une branche trempée sur le tas. Allons vers l'est. Mais mangeons d'abord.

Nia, assise sur un talus de glaise, surveillait le petit Tomm qui traînait les pieds dans les bouses molles. Elle pinça les lèvres en le voyant trébucher sur une racine.

— Laisse-le, cracha-t-elle à l'adresse de Naïa qui tendait le bras. Il a assez de jambes pour marcher seul.

Le jour glissa sans chaleur, dans une odeur de terre pourrie et de sueur froide. Personne ne parlait en travaillant. Les haches de silex s'abattaient sur les troncs avec des bruits mats.

Puis la nuit tomba d'un coup, lourde, sans étoiles.

Autour des tisons qui luttaient contre l'humidité, quatre paires d'yeux s'écarquillèrent soudain dans le noir. Ce n'était pas un cri d'bête, ni le grondement du tonnerre. C'était une voix sans corps, descendue de nulle part au-dessus des tisons, qui traversait la fumée. Une voix claire, insensée, qui ordonnait de dresser des murs, de fermer l'espace, de se protéger de ce qui n'était pas là. Les quatre corps s'étaient figés, les muscles tendus sous les peaux de bêtes, le souffle court.

Quelques heures plus tard, alors que le vent chassait les dernières lueurs de cendre et que le silence semblait refermer sa mâchoire sur le camp, la voix revint. Toujours la même, venue du ciel vide. Elle répéta des mots incompréhensibles, une interpellation saugrenue qui résonna dans le creux des crânes des quatre veilleurs, là, juste au-dessus des braises mortes.

Ils ne bougèrent pas. Ils osaient à peine cligner des paupières, attendant que le ciel se décide à leur laisser la paix.

Jour 12

La nuit n'était pas encore déchirée par l'aube que quatre d'entre eux portaient déjà le poids des mots dans leur tête. Le souffle court, les yeux rivés sur les braises qui rougissaient à peine, ils avaient entendu. Les étrangers allaient revenir. Ils voulaient leur mal. Il fallait lever les défenses, clouer les bois, barrer la route du camp.

Le jour se leva sans douceur, gris et lourd.

Enko n'attendit pas que les autres sortent de leur torpeur. Ses mains, raides de froid, agrippèrent les épaules de Lyra. Il ne souffrit pas qu'elle reste là, au milieu des peaux et des abris. D'un geste sec, brutal, il la poussa hors du cercle des Ferre. La guérisseuse trébucha dans la caillasse, le souffle coupé, tandis qu'Enko lui tournait déjà le dos.

Au milieu du jour, le bois sec fut enfin réuni. On gratta la terre nue en (162,264) et l'on donna naissance à une flamme. Le feu prit, crépita, avalant les premières branches.

Mira restait assise tout près, les yeux grands ouverts, fixant la danse des étincelles.

— Tu as entendu ? souffla-t-elle à Suli en attrapant sa manche. C'est le feu qui a parlé. Il a dit qu'on nous veut du mal. J'ai vu un grand visage là-dedans, Suli.

Le garçon recula d'un pas, secouant la tête, le regard fuyant.

— L'autre visage a parlé, maman, murmura-t-il plus tard en se collant contre Naïa. Il faut partir d'ici. Il faut fuir.

Mais on ne fuyait pas. Quand le soleil commença à baisser, jetant de longues ombres noires sur la pente, une nouvelle brûlure traversa l'esprit de quatre d'entre eux, penchés au-dessus des trois foyers allumés. La voix gronda de nouveau, plus pressante, exigeant des branchages, des troncs, une barrière infranchissable.

Le soir vint avec ses menaces. Autour du dernier feu de la journée, les têtes se courbèrent sous la faim et la peur. La voix revint une troisième fois, martelant l'angoisse dans les crânes fatigués : protégez vos proches, les inconnus arrivent, ils veulent votre perte.

Personne n'osa regarder vers les buissons sombres qui bordaient le camp.

Jour 13

Le jour se leva sur la cendre froide. Lyra posa la main sur l’épaule de Suli et le poussa hors du cercle des Sölk, sans un mot. Le garçon recula, les poings serrés, la haine brûlant dans ses yeux fixés sur la guérisseuse.

Dans l’après-midi, la bête surgit des broussailles. Un grand loup gris, museau plissé, bondit sur Suli avant de s'enfuir dans les fourrés. Il revint une fois, rôdant à la limite des ombres, flairant la peur. Près des foyers, le garçon entendit le murmure dans sa tête, une voix claire qui le saluait comme un vieil ami. Une seule personne l'avait entendue.

Enko gardait le dos tourné à son fils. Il n'avait pas oublié le coup, la violence de Suli qui lui avait meurtrri la joue. Naïa, qui avait vu la scène, évitait de croiser le regard du jeune homme, les yeux plissés de méfiance. Plus loin, Mira tendit la main pour recevoir une baie rouge que Naïa venait de lui offrir, un petit geste de secours qui noua leur silence.

Orven s'avança, l'épieu lourd dans la paume. Il regarda Nia, puis Dagan.

— Nia a faim, dit-il en désignant les bois. Prends ton épieu, on va chercher de la viande.

Dagan acquiesça, mais Nia détourna les yeux. Elle serrait dans sa main une herbe sauvage que le chasseur venait de lui donner. Un geste doux, mais qui ne suffisait pas à effacer sa colère : Lyra avait choisi Dagan, et Orven avait choisi Lyra. Nia en voulait à la guérisseuse, doublement, amèrement. Dagan lui-même sentait monter une sourde rancœur contre Orven, à qui Lyra avait accordé sa faveur.

La nuit, lourde et noire, tomba sur les abris des Ferre. Autour du dernier feu, les têtes se penchèrent. Quatre d'entre eux sursautèrent en même temps, frappés par la même brûlure dans le crâne. La voix martela les esprits : il fallait donner à manger à Enko. Une seconde fulguration suivit, plus pressante : Enko devait dormir et manger, ou la mort le prendrait.

Enko, recroquevillé près des braises, ne bougea pas. Mira fixa le feu, les yeux écarquillés par la vision, et murmura en tremblant que le grand visage au milieu des flammes venait de prononcer le nom de son père.

Lyra regarda les ombres qui s'allongeaient. Elle toisa Dagan.

— Tomm est seul à l'ouest, il faut aller le chercher.

Puis, se tournant vers l'aîné :

— Il est encore loin du feu, Orven. Ramène-le avant que la nuit ne le prenne.

Jour 14

La nuit n'était pas encore levée qu'un souffle froid avait traversé les herbes. Les crocs du loup avaient mordu l'obscurité, frôlant la cuisse de Mira, déchirant la peau d'Enko avant que les bêtes ne fuient vers les buissons. Personne n'avait osé crier.

Autour des braises, les têtes s'étaient relevées d'un même mouvement, l'esprit encore lourd des images qui brûlaient derrière leurs yeux. Orven fixait le foyer, les sourcils froncés. La voix n'était pas celle du vent dans les pins ; elle venait du cœur même du bois qui se consumait. Elle leur reprochait leur sommeil, là, sous les étoiles, alors que personne ne montait la garde. Une autre injonction avait suivi, pressante, exigeant que les couples s'unissent pour donner la vie. Près de lui, Dagan serrait le bois de son épieu jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Son regard croisait celui d'Orven avec une lourdeur menaçante. Lyra avait fait son choix, et ce n'était pas lui. Nia, un peu plus loin, serrait les poings en observant la guérisseuse ; elle n'oubliait pas non plus à qui l'aîné et le chasseur avaient tendu la main. Pourtant, la petite Nia avait partagé ses deux baies avec Tomm, recevant en retour un hochement de tête timide.

Le jour s'était levé sur une urgence. Le feu avait craché d'autres ordres, plus sombres. Des visages invisibles avaient averti les uns et les autres : il fallait élever des palissades, car les étrangers rôdaient de l'autre côté de la rivière. Il fallait aller les tuer, ou bien s'attendre au pire.

Mais l'angoisse la plus vive n'était pas pour les étrangers. Les braises avaient craché le nom d'Enko, encore et encore, martelant qu'il allait mourir de faim, qu'il s'effondrerait s'il ne dormait pas immédiatement.

Enko, les traits creusés, avait ouvert les yeux sous les hurlements silencieux de sa propre chair. Il sentait ses forces le quitter. Autour de lui, les injonctions fusaient dans les têtes : il fallait le nourrir, le forcer à dormir pendant que les autres partiraient chercher de quoi le sauver. Suli s'était approché en silence, tendant à sa mère une simple racine d'herbe amère que Naïa avait acceptée d'un signe grave, scellant un pacte muet de survie.

— On bâtit la barrière, avait grogné Enko en se redressant en tremblant. Suli, viens avec moi chercher le bois.

Il ne savait pas encore que le repos ne viendrait pas, et que les voix dans le feu n'avaient pas fini de dicter leur loi.